Balade en forêt

La forêt en France : portrait-robot

Près d’un tiers du territoire métropolitain est couvert de forêt. Ce patrimoine d’une grande diversité biologique place la France quatrième dans le classement des États européens les plus boisés. Mais que sait-on vraiment de l’état de nos forêts ? Et comment produit-on les données de référence à leur sujet ? Entrez dans les coulisses des statistiques forestières…

Publié le 17 mars 2021

Temps de lecture : 15 minutes

Qu’est-ce qu’une forêt ?

Cinq caractéristiques pour faire une forêt

Commençons par une précision de vocabulaire en nous attardant sur les critères qui définissent la forêt d’un point de vue géographique. Selon la définition officielle de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), une forêt est caractérisée par cinq spécificités :

  • une superficie minimum de 50 ares (5 000 m2),
  • la présence d’arbres pouvant atteindre une hauteur supérieure à 5 mètres à maturité in situ, 
  • un boisement de plus de 10 % du territoire considéré (vu du dessus),
  • une largeur moyenne d’au moins 20 mètres,
  • une utilisation qui n'est ni agricole, ni urbaine.

Pour des superficies plus restreintes comprises entre 5 et 50 ares avec un couvert arboré de plus de 40 %, on ne parle pas de forêt mais de bosquet.

Forêt privée vs forêt publique : à qui appartient la forêt française ?

En France, trois quarts des forêts sont privées, soit l’équivalent de 12,6 millions d’hectares. Le quart restant (4,3 millions d’hectares) est public et se répartit entre forêts domaniales (1,5 million d’hectares) et les autres forêts publiques (2,7 millions d’hectares), essentiellement des forêts communales.

La gestion de toutes les forêts françaises, qu’elles soient publiques ou privées, est encadrée par le Code forestier. 

Le saviez-vous ? L’Office national des forêts (ONF) est un gestionnaire de la forêt publique. Il est chargé de mettre en œuvre le plan de gestion et la réalisation des travaux des forêts de l’État et de la majorité des collectivités publiques. L’IGN est, quant à lui, l’observateur de la forêt. Il est chargé de la décrire, de l’inventorier de façon neutre, qu’elle soit publique et privée, afin de mieux la connaitre.

Deux statuts principaux pour les forêts publiques
  • Les forêts domaniales sont des terrains appartenant à l’État et relevant du régime forestier dont la gestion est affectée à l’ONF. Cette catégorie comprend également les terrains pour lesquels l’État possède des droits de propriété indivis.
  • Les forêts communales appartiennent en général à des communes, mais aussi à d’autres collectivités territoriales ainsi qu’à des sections de commune, à des établissements publics, à des établissements d’utilité publique, etc. La gestion est définie par le propriétaire (la commune, etc.) selon le plan de gestion établi et mis en œuvre par le gestionnaire (souvent l’ONF).

La forêt métropolitaine : chiffres clés

La forêt en France métropolitaine couvre une superficie de 16,9 millions d'hectares.

La forêt métropolitaine : chiffres clés

  • 16,9 millions d’hectares de forêts
  • 31 %  du territoire
  • ¼ de forêts publiques
  • ¾ de forêts privées
  • Près de 50 % de peuplements mélangés
  • 36 % de conifères
  • 64 % de feuillus
  • Le chêne : première essence française
  • Plus 2,7 millions d’hectares depuis 1985
  • 4e forêt européenne en surface (après la Suède, la Finlande et l’Espagne)
  • 550 000 hectares de forêts dans les milieux urbains
  • 2/3 de la forêt sont assez faciles à exploiter
  • ¾ des forêts sont en plaine (- de 600 m)
  • + 50 % de volume de bois en forêt depuis 1985
  • 180 espèces 
  • 1,3 milliards de tonnes de carbone stocké en forêt
  • La forêt des départements d’outre-mer
  • 8 millions d’hectares en Guyane
  • Guadeloupe, Martinique, Mayotte, La Réunion (0,24 million d’hectares)

Source : Mémento Inventaire forestier IGN 2020. Chiffres issus des résultats des campagnes d’inventaire de 2015 à 2019


Cinq faits à connaître sur la forêt française

1. La forêt a gagné du terrain depuis le début du XXe siècle

La forêt métropolitaine couvre 16,9 millions d’hectares, soit 31 % de la surface du territoire. Et contrairement à une idée reçue, elle a gagné du terrain !
Entre 1908 et 1985, la superficie forestière a progressé de 50 000 hectares par an en moyenne, notamment dans le Massif central et la pointe bretonne.
Et la tendance s’est ensuite confirmée et amplifiée : depuis 1985, la forêt s’est étendue chaque année de près de 80 000 ha, soit huit fois la superficie de la ville de Paris ! Au total, en une trentaine d'années, la forêt a ainsi gagné en superficie l’équivalent de la région Bretagne (2,7 millions d’hectares) !

Plusieurs facteurs expliquent cette expansion depuis le début du XXe siècle : l’exode rural et la révolution agricole après-guerre d’une part, mais aussi diverses mesures de boisement ou de reboisement, notamment en montagne.

La forêt est aujourd’hui le second type d’occupation du sol en France après l’agriculture qui occupe plus de la moitié de la France métropolitaine.

Et dans le monde ?

La forêt mondiale couvre une superficie totale de 4,06 milliards d’hectares, soit 31 % de la superficie totale des terres, un taux de boisement équivalent à celui de la France. Le domaine tropical compte la plus grande part de forêts du monde (45 %), suivi des domaines boréal, tempéré et sous-tropical. Après la Suède, la Finlande et l’Espagne, la forêt française se classe au quatrième rang des états européens les plus boisés. 

2. La Corse est la région la plus boisée de France métropolitaine

La carte du taux de boisement (la surface forestière rapportée à la surface totale du territoire ) révèle d’importantes disparités régionales.
Sur le podium des régions les plus boisées, on trouve trois territoires du quart Sud-Est de la France. La région Corse est largement en tête avec un taux de boisement de 63 %, suivie des régions Provence-Alpes-Côte d’Azur (51 %) et Auvergne- Rhône-Alpes (37 %).
Les régions les moins boisées se concentrent quant à elles dans le quart Nord-Ouest. Avec un taux de boisement de 12 %, la région Pays de la Loire est la région la moins boisée de France.
Certains territoires spécifiques ont un taux de boisement supérieur à 70 % : les Landes de Gascogne, le Massif vosgien central, les Alpes externes du Sud, les Cévennes et l’Ardenne primaire.

Taux de boisement des régions métropolitaines pour la période 2015-2019

Zoom sur la forêt en Outre-mer

La forêt des cinq départements d’Outre-mer représente près de la moitié de la superficie forestière métropolitaine, soit 8,24 millions d’hectares. Avec plus de 8 millions d’hectares de forêt, la Guyane est de très loin le département ultramarin le plus boisé.

3. Entre 1985 et 2017, le stock de bois vivant a cru de 50 %

La forêt française représente le 3e stock de bois européen derrière l’Allemagne et la Suède. Le volume de bois sur pied de la forêt métropolitaine est d’environ 2,8 milliards de m3. Entre 1985 et 2017, le stock est passé de 137 m3/ha à 173 m3/ha en moyenne. Le nombre d'arbres a, quant à lui, légèrement diminué. Conclusion : les arbres sont plus gros et/ou plus grands.

À noter : les résultats 2019 de l’inventaire semblent montrer une stabilisation du volume de bois sur pied à 2 754 millions de m3, mais ils sont à prendre avec précaution, en intégrant une incertitude statistique de 47 millions de mètres cubes. Les résultats de la campagne 2020 viendront confirmer ou infirmer la tendance esquissée par les résultats 2019.

Zoom sur la mortalité des arbres en forêt

La forêt produit chaque année environ 90 millions de mètres cubes de bois. En parallèle, environ une dizaine de millions de mètres cubes par an meurt. Que des arbres meurent n’est pas forcément un signe alarmant. Leur cycle naturel est fait de croissance et de mort et le bois mort favorise la biodiversité. Toutefois, la mortalité tend à augmenter ces dernières années, notamment à cause de crises sanitaires liées à des conditions climatiques difficiles pour les arbres (sécheresses) et propices aux insectes xylophages, notamment les scolytes.

4. Les essences de chênes sont les plus répandues en métropole

Avec près d'1,8 milliard de mètres cubes, les feuillus représentent près des deux tiers (64 %) du volume sur pied. Les chênes sont les essences feuillues les plus représentées sur le territoire métropolitain (44 % du volume des feuillus).
Les conifères forment presque un milliard de mètres cubes. L’épicéa commun et le sapin pectiné représentent à eux deux 42 % du volume des conifères.

5. La forêt d'Orléans est la plus grande forêt domaniale de France métropolitaine

Les trois plus vastes forêts domaniales en France métropolitaine sont celles d’Orléans (Loiret, environ 35 000 ha), de Chaux (Jura, environ 20 500 ha) et de Fontainebleau (Seine-et-Marne, environ 20 300 ha).


Comment dresse-t-on le portrait des forêts françaises ?

La ressource forestière évolue continuellement au gré des phénomènes naturels et du fait des activités humaines. Pour préserver nos forêts, mais aussi pour en valoriser durablement les fonctions écologiques et économiques, il faut connaître précisément leurs caractéristiques, suivre leur évolution dans le temps et analyser leurs potentialités. Cette base de connaissance se construit au long cours, à partir d’un travail méticuleux de collecte de données.

En France, c’est aux équipes de l’inventaire forestier national de l’IGN que revient cette mission. Une mission qui figure parmi les enquêtes officielles à caractère obligatoire, reconnues d’intérêt général et de qualité statistique, au même titre que le recensement de la population  par exemple. Et qui concerne aussi bien les forêts publiques que les forêts privées.

Les données produites alimentent des travaux et études spécifiques dans divers domaines (ressources en bois, biodiversité, changement climatique…) et impliquant des acteurs variés (filière forêt-bois, recherche, collectivités locales, etc.). Le dispositif permet aussi de répondre rapidement à des questions particulières lors d’événements climatiques majeurs (tempêtes, incendies…).

Une méthode statistique à partir d'échantillons représentatifs

Depuis 2005, on recourt, en France, à une méthode par échantillonnage : chaque année, un échantillon représentatif de l’ensemble du territoire est analysé. Les données collectées sur cinq années sont agrégées pour produire des résultats nationaux et régionaux fidèles à la réalité du terrain. Ainsi, par exemple, pour les campagnes d’inventaire menées de 2015 à 2019, les résultats agrégés donneront des indications fiables pour l’année médiane 2017. Les données collectées de 2016 à 2020 pour l’année médiane 2018… Et ainsi de suite…

Comment définit-on un échantillon représentatif du territoire français ? On commence par découper la France en carrés de 1 kilomètre de côté, puis on sélectionne sur cette grille environ 55 000 points géoréférencés qui définiront le centre des « placettes », les aires circulaires délimitant la zone étudiée. Le rayon des placettes peut être de 6, 9, 15 ou 25 mètres. Lorsque l’échantillon est prêt, trois étapes sont ensuite nécessaires pour réaliser l’inventaire forestier.

Trois étapes clés pour l'inventaire en continu des ressources forestières

1. L’analyse des placettes par photo-interprétation

La première phase statistique de l’inventaire est celle de la photo-interprétation. L’étude de prises de vues aériennes corrigées géométriquement en infrarouge couleur donne des indications relatives à la couverture du sol, à son utilisation (agricole, par exemple) ou à la superficie des formations arborées.

Le photo-interprète, cartographe de la forêt

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2. Les visites de terrain

Sur les 55 000 placettes de l’échantillon photo-interprétées, environ 7 000 font l’objet d’une visite de terrain par les agents de l’IGN. Sur place, ceux-ci qualifient plusieurs dizaines d’informations concernant le peuplement forestier (circonférence, hauteur des arbres, etc.), la végétation, les caractéristiques du terrain (topographie, exposition, sol…). Des dizaines de variables sont étudiées pour rendre compte de la production forestière mais aussi de l’ensemble des services écosystémiques rendus par la forêt (la rétention d’eau, la capture de carbone, la réserve de biodiversité, etc.). Les données sont saisies sur un smartphone puis centralisées dans une base de données unique. Cinq ans après, les 7 000 placettes sont à nouveau visitées pour qualifier les changements et remesurer les arbres.

Le saviez-vous ? Du fait du caractère obligatoire de l’enquête, les agents de l’IGN sont autorisés à entrer sur toute propriété non clôturée sans l’avis du propriétaire. Celui-ci est tenu de les laisser accéder au point d’inventaire. 

L’agent de terrain, collecteur des données forestières

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3. La valorisation des données collectées à l’aide de calculs complexes 

Des ingénieurs forestiers qualifient et agrègent les données collectées. Ils mettent au point des calculs complexes croisant les éléments relevés aux étapes précédentes et des informations auxiliaires comme, par exemple, des données géographiques, pour obtenir des résultats de précision optimale.

L’ingénieur d’études, le coordonnateur des projets forêt-bois

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Des contrôles sont également assurés tout au long du processus pour vérifier les données et garantir leur homogénéité sur l’ensemble du territoire national. Par ailleurs, la confidentialité est strictement respectée (aucun lien n’est fait entre les données et les propriétés) et les coordonnées exactes de la zone d’inventaire sont protégées par le secret statistique.

Zoom sur trois innovations qui ont révolutionné le travail d’inventaire forestier
  • Les terminaux mobiles : depuis 2005, les agents sur le terrain peuvent saisir et transmettre instantanément les données collectées sur le terrain. 
  • L’orthophotographie infrarouge : l’utilisation de ce produit qui révèle distinctement la nature des essences forestières facilite le travail d’analyse par photo-interprétation depuis les années 2000.
  • Le Lidar : fin 2008, l’inventaire forestier français est le premier au monde à se doter d’un scanner terrestre 3D lidar, pour restituer le volume des arbres et estimer la biomasse.

Mis à jour le 13/10/2021