Sur le terrain

Patrimoine mondial de l'UNESCO : l’odyssée du Pic du Midi et de son observatoire

Entamée en 2022, la procédure pour l'inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO de l’Observatoire du Pic du Midi est un marathon qui se joue autant dans les couloirs parisiens que dans les vallées de Bigorre. Ici comme là-bas, il a fallu convaincre. Une artisane du projet raconte.

Publié le 10 mars 2026

Temps de lecture : 10 minutes

Perché à 2 877 mètres d’altitude,

l'observatoire du Pic du Midi domine les Hautes-Pyrénées et raconte depuis cent cinquante ans l’histoire d’un dialogue entre science et nature.

Plus ancien observatoire de haute montagne encore en activité, l'observatoire du Pic du Midi est aujourd’hui au cœur d’une odyssée collective pour décrocher une inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO, un sésame prestigieux aux critères d'éligibilité très stricts.

La candidature du Pic du Midi et de son observatoire s’appuie sur un atout majeur : la singularité d’un site hybride, à la fois patrimoine naturel d’exception et haut lieu de la recherche scientifique, actif depuis plus d’un siècle, grâce à la qualité rare d'un ciel d’altitude soigneusement protégé des pollutions lumineuses.

Visualiser le site du Pic du midi sur le Géoportail

Au cœur de la mobilisation de tout un territoire, une équipe commando de quatre personnes s’est bâtie autour d’un Groupement d’intérêt public (GIP)

Associant le syndicat mixte de valorisation du Pic du Midi et l’université de Toulouse, la structure a été pensée comme un trait d’union entre le site, les habitants des vallées et les instances de l’UNESCO.

Cheville ouvrière du projet, Sarah Abellan, chargée de mission UNESCO et Réserve Internationale de Ciel Étoilé (RICE), raconte l'aventure à IGN Mag.

Elle s'exprime depuis les bureaux du GIP, situés à La Mongie, la station de ski d’où le téléphérique s'élance vers le pic.

I. Convaincre les vallées

Lors de sa prise de fonctions au Pic du Midi en juin 2024, Sarah Abellan a hérité d’un chantier crucial : délimiter le périmètre du bien candidat au patrimoine mondial de l'UNESCO, matérialisé par un trait rouge sur la carte ci-contre.  

« Ça paraît simple, sur une carte... Mais sur le terrain, l’exercice se révèle très complexe », prévient Sarah. 

« L’agriculture pastorale structure la vie locale à Sers et Bagnères-de-Bigorre, les deux communes en partie incluses dans le périmètre, et une partie de la population craignait que l'inscription au patrimoine mondial "fige" le territoire et le rende intouchable. »

Lire la transcription textuelle de la carte

Sur ce premier fond de carte IGN de 2021 de la vallée de Bigorre à l'échelle 1/25000, un liseré rouge délimite le périmètre du bien proposé pour inscription sur la Liste du patrimoine mondial. 

Une colonne de texte à droite de la carte délivre diverses informations pour la comprendre. 

Après le titre, « Carte du Périmètre du bien Pic du Midi et son observatoire proposé pour inscription sur la Liste du patrimoine mondial », une légende indique la localisation du Pic du Midi et son observatoire, matérialisée par un point noir, ainsi que la surface du bien proposé, qui est de 1770,06 hectares. 

La source des données (IGN, DDT65, GIP Pic du Midi) et l’identité des producteurs de cette carte (ABELLAN.S et DUPUIS.H, SMVTPM BOEHRER.G et BRIOL.G, et la DDT65) sont également renseignées.

Le document date de novembre 2025. 

« Il nous a donc fallu rassurer en expliquant que le projet ne visait pas à créer un sanctuaire, mais à donner au pic la reconnaissance internationale qu'il mérite. »

Le pastoralisme est intimement lié à l’histoire du pic et de l’observatoire : il est pleinement intégré à leur valeur universelle exceptionnelle, en particulier par l’implication des communautés locales tout au long de leur histoire.

« Un travail de concertation s’est engagé avec les services de l’État, les communautés de communes de la Haute-Bigorre et des Vallées des Gaves, le Parc national des Pyrénées, le Conservatoire botanique des Pyrénées et de Midi-Pyrénées, les commissions syndicales d’éleveurs, les associations locales... 

Les périmètres ont été coconstruits avec un objectif clair : l’adhésion du territoire au dossier avant de le présenter au Ministère. »

Lire la transcription textuelle de la carte

Cette seconde carte décrit les pratiques pastorales dans le périmètre du bien proposé pour inscription sur la Liste du patrimoine mondial.

On comprend que l’espace est partagé en trois unités pastorales, sur lesquelles se superposent deux aires d’estives distinctes.

La carte révèle les emplacements d’enclos et de cabanes, en précisant s’ils sont en état d’usage ou en état de ruine.

Une colonne de texte à droite de la carte délivre diverses informations, dont la légende de la carte, la sources des données (IGN, DDT65, GIP Pic du Midi) ainsi que l’identité des producteurs du document (ABELLAN.S et DUPUIS.H, SMVTPM, BRIOL.G, DDT65, CRPGE).

Le document est daté de novembre 2025. 

Le pic en pixels

Le GIP s'est servi de cette maquette virtuelle 3D produite par l'IGN pour plaider devant le comité français de l’UNESCO. Son auteur Laurent Caraffa est chargé de recherche au ministère de la Transition écologique. En poste au laboratoire LASTIG de Géodata Paris et de l’université Gustave Eiffel, il mène des travaux sur le traitement à large échelle de données 3D.

En cliquant sur lecture, vous acceptez les cookies provenant de YouTube

II. La beauté d'un ciel étoilé

L'une des autres missions de Sarah pour le syndicat mixte est d’animer la Réserve internationale de ciel étoilé (RICE), un label obtenu en 2013. 

Une RICE est une zone géographique où le ciel et l'environnement nocturne sont protégés de la pollution lumineuse et présentent des qualités exceptionnelles. 

« Chaque commune intégrée à la RICE agit selon ses choix et ses contraintes : elle abaisse la puissance lumineuse ou éteint l’éclairage public autour de 23 heures. Elle utilise des luminaires mieux orientés, ainsi que des ampoules plus frugales en énergie. »

En rassemblant 250 communes du sud des Hautes-Pyrénées, la RICE couvre un périmètre bien plus large que l'espace candidat. 

La carte ci-contre est une modélisation annuelle de la pollution lumineuse en cœur de nuit dans la RICE du Pic du Midi en 2023. Par un effet de halo centré sur les villes, on distingue les endroits les plus éclairés et les endroits épargnés, matérialisés par des couleurs froides.

« Notre candidature à l’UNESCO s’appuie sur l'acquis de la RICE », pointe Sarah. « Elle démontre que nos communes travaillent déjà sur des enjeux partagés, comme l’impact de la pollution lumineuse sur la biodiversité et l’observation astronomique. »

Lire la transcription textuelle de la carte

Cette carte est une modélisation annuelle 2023 de la pollution lumineuse en cœur de nuit dans le cadre distant de la Réserve internationale de ciel étoilé (RICE) du Pic du Midi.

Par un effet de halo centré sur les villes, on distingue les endroits les plus éclairés, d'une couleur chaude allant du jaune au rouge, et les endroits épargnés par la pollution lumineuse sont matérialisés par des couleurs froides, dans les tons bleus.

Dans la légende à droite de la carte, un tableau donne les valeurs de luminance zénithale sur
une échelle de couleurs logarithmique, exprimée en magnitude par seconde d'arc au carré. 

Les données proviennent de DarkSkyLab et du GIP du Pic du Midi. 

Les producteurs de la carte sont Sarah Abellan, chargée du mission SMVT, ainsi que le GIP du Pic du Midi. 

Le document date d'août 2025. 

Une candidature au patrimoine mondial doit se baser sur ce que l'UNESCO appelle des attributs

La beauté du ciel étoilé du pic en est un, comme le sont les espaces bâtis, l'architecture de l’observatoire...  

Sans oublier, ajoute Sarah, « l’environnement, le paysage et les petites vallées environnantes : le Vallon d'Arizes pastoral, le vallon d'Oncet, par lequel avait été construite la route du Pic à l'époque et qui avait accueilli les premières formes de tourisme ; et le Vallon du Brouilh, plus sauvage, avec un cirque glaciaire et une partie forestière... 

C'est tout cela que l'on souhaite inscrire au patrimoine mondial de l'UNESCO. »

Lire la transcription textuelle de la carte

Le document est une carte des entités paysagères et des sous-entités du bien proposé pour inscription sur la Liste du patrimoine mondial. 

Se basant sur un fond IGN de 2021, la carte repère les sommets et les cols remarquables, ainsi que les tronçons et les surfaces hydrographiques du bien proposé.

Une colonne de texte à droite donne la légende de la carte ainsi que diverses données.

Le paysage sommital, l'observatoire et les jardins botaniques sont représentés par un aplat mauve.

La surface du vallon d'Oncet, au sud-ouest, est matérialisé par un aplat de couleur pastel bleu. 

Le Val d'Arizes et les Coumes, à l'Est, sont représentés en jaune. 

Au Nord·ouest, le vallon du Brouilh, transition entre la haute-montagne et la montagne pastorale, est matérialisé par un aplat de couleur verte. 

Les données proviennent de la DDT65, du GIP du Pic du Midi. Les producteurs du document sont ABELLAN.S et DUPUIS.H, SMVTPM, BRIOL.G, DDT65, et le CRPGE.

Le document date de novembre 2025. 

III. Convaincre à Paris... et à l'international

« Une audition au Ministère de la Culture, devant le Comité français du patrimoine mondial (CFPM), est un moment impressionnant. 

Le cadre est solennel : une vaste salle, une grande table sur moquette rouge, une quarantaine d’experts reconnus, chacun avec son micro et son pupitre. 

L’audition est strictement minutée : quarante minutes de présentation, vingt minutes de questions. »

Au terme d'un marathon de quatre auditions, la petite équipe a remporté son pari et convaincu les instances françaises.

L’État a officiellement déposé le dossier du pic à l’UNESCO le 15 janvier 2026.

« Place désormais à une phase d’évaluation internationale de dix-huit mois, 

avec à la clé, nous l'espérons, l'inscription du Pic du Midi et de son observatoire au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2027.

En attendant, nous nous préparons à la visite d'experts internationaux en septembre prochain. »  

 

L’objectif du GIP n’est pas de faire du site une simple destination touristique à la journée depuis Toulouse.

« Nous voulons mettre en valeur plus largement le territoire... 

Avec la réhabilitation possible du funiculaire du Pic de l’Ayré, du château de Lourdes… 

Nous voulons inciter les visiteurs à venir passer plusieurs jours chez nous, et à faire vivre l’économie de nos petites vallées. »

Propos recueillis par Maxime Robin

Mis à jour 17/03/2026

Suivez-nous en temps réel

Rejoignez nos communautés sur les réseaux sociaux