Plongée aux archives

The "Pink Lady", l’histoire fabuleuse d’un B17 reconverti en avion photographe

Cet avion qui s’illustra au cours de la Seconde Guerre mondiale, en incarnant la puissance libératrice qui a vaincu l’Allemagne, auréola de nombreuses manifestations patriotiques et meetings. Il survolera pendant 30 ans les continents pour l’Institut géographique national, réalisant des relevés aériens. C’est la belle histoire du "Pink Lady", ce B17 classé monument historique depuis septembre 2012.

Publié le 30 juin 2020

Temps de lecture : 5 minutes

B-17, "Pink Lady"

On parle ici du seul B17G authentique survivant de la Seconde Guerre mondiale à avoir effectué des missions de guerre.
Il est sorti des usines Lockheed de Burbank (Californie) en décembre 1944 et fut livré le 13 janvier 1945 à l’USAAF (US ARMY AIR FORCE). Il a été surnommé "Forteresse Volante de 15 tonnes" et a par la suite conservé ce surnom de "Forteresse Volante". Affecté au 511e Bomb Squadron en Angleterre, il effectuera six missions de guerre au cours du mois d’avril 1945. Ramené aux États-Unis puis radié des registres de l’USAAF en avril 1954, il est acheté par l’Institut géographique national.

Son parcours à l’IGN

L'intérieur d'un B-17 et le photographe devant des caméras à tambours
L'intérieur d'un B-17 et le photographe devant des caméras à tambours

L’avion arrive le 7 décembre 1954 à Creil dans l’Oise et est immatriculé F-BGSP. Après avoir été modifié avec un appareil photo dans le local radio pour les prises de vues aériennes, l’avion sera l’un des B17 les plus actifs dans toutes les missions de télémesure, photographie, prospection géophysique...

Son point de départ au sein de l’escadrille fut Fort-Archambault (actuellement Sarh, ville du Tchad). Il compte des missions en Afrique du nord, en Afrique Équatoriale, en Afrique Occidentale, à Madagascar, aux Antilles, aux Comores, en Afrique du Sud, sur notre Hexagone, en Nouvelle-Calédonie, aux Nouvelles Hébrides, en Polynésie, en Iran, en Jordanie, à La Réunion, à l’île Maurice, au Chili, en Arabie…

Des missions éprouvantes

En 1961, lors d’une mission à Madagascar, à la suite d'une panne, l'un des moteurs est changé.
Puis en 1976, lors d’une mission photo en Arabie Saoudite, la température (55°C à l’ombre) est difficilement supportable  pour l’équipage mais aussi pour l’avion qui subit plusieurs pannes.
En 1979, la "Forteresse volante" effectue l’une de ses dernières missions pour l’IGN dans le cadre du naufrage du pétrolier Amoco-Cadiz en Bretagne.
Il séjourne alors sur son aire de parking à Creil en attendant son destin futur…

En 1985, l’avion est reclassé en CNRAC (certificat de navigabilité restreint pour avion de collection). Il est immatriculé au tout nouveau registre des avions de collection F-AZDX, il est repeint sous des couleurs imaginaires du 351st Bomb Group avec le nom de baptême "Lucky Lady". Pour financer ce maintien en vol, l’IGN choisit alors de faire sponsoriser l’avion par diverses marques car, plus que jamais, le B17 est un gouffre financier. Ainsi GDF, Faure et Total feront partie de l’aventure.

Pink lady : une célèbre carrière !

  • En 1966, elle joue dans "La grande vadrouille" auprès de Louis de Funès et Bourvil ;
  • en 1968, cette Forteresse fut également une brillante actrice dans la "Bande à César" ;
  • en 1971 "Mission laser sur le sud Chili" ;
  • en octobre 1973, sa Majesté le roi Hussein de Jordanie vole aux commandes de la "Forteresse volante" ;
  • en 1975, elle se fait admirer au cours du Salon de l’aviation du Bourget, volant la vedette au Concorde ;
  • en 1984, le ministère de la Défense demande que l’avion soit remis en état de vol. Le 14 juillet suivant, l’avion ouvre le défilé aérien sur les Champs-Elysées encadré de deux autres vétérans de l'aéronavale (deux C-47) juste derrière la Patrouille de France.

Forteresse Toujours Volante

En mai 1987, l’avion est donné par l’administration des Domaines à une association "Forteresse Toujours Volante" pour l’entretenir en état de vol. L’association a la particularité de mettre toujours en œuvre l’avion selon les méthodes et protocoles de l’IGN (un pilote et un mécanicien naviguant aux commandes). Chaque année de 1987 à 2009 l’avion participe au traditionnel meeting de la Pentecôte sur l'aérodrome de Cerny La Ferté-Alais (91).

En 1998, un nouveau projet ambitieux attend l’avion. Il est décidé de lui redonner ses couleurs portées durant la guerre. L’avion est peint en Olive Drab pour des raisons d’entretien évident, et reçoit une pin up et un nom de baptême : Pink Lady.
Un fait important à noter, en 2005 lors d’un meeting à Duxford et à l’occasion du soixantenaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Pink Lady défilera au dessus du "Mall" à Londres sous les yeux de la famille Royale.

En 2004, l’avenir de l’avion est compromis. La Forteresse a des criques aux attaches d’ailes. L’association se voit alors contrainte de démonter les ailes de l’avion pour inspecter les attaches, une opération lourde est réalisée... selon les techniques du manuel de vol du B17F. En 2005, l’avion est menacé pour la première fois de ne plus voler par la faute de l’augmentation des prix des assurances en Europe. En 2007, il est basé à Melun Villaroche (77) avant de poser définitivement ses roues sur l’aérodrome de la Ferté-Alais (91).

"Pink Lady" est classée monument historique au Patrimoine de France avec un objectif ambitieux de pouvoir voler le 8 mai 2045, pour le centenaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

B-17, Ferté-Alais
Après une troisième carrière consacrée aux meetings aériens et aux tournages cinématographiques, la "Forteresse" est venue se reposer à la Ferté-Alais.

Le B-17 en chiffres

31 m d'envergure

22 m de longueur

15,5 t poids à vide

12 à 16h d'autonomie

250 à 380 km/h vitesse de croisière

1 000 l/h d'essence

D’après les récits historiques de Jean Faivre et de Roger Lyonnet, mécaniciens de l'IGN.

Nos remerciements à l’association de l’APRIGN pour leur contribution.

Voir aussi

Les principaux avions photographes de l'IGN

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Transcription

Pour faire une carte, il faut des prises de vue aériennes, et donc des avions !

Depuis sa création en 1940, l’IGN a fait l’acquisition d’une cinquantaine d’avions pour ses missions photographiques.

Dès la fin de la guerre, six bombardiers NC 701 sont reconvertis en avions photographes car ils disposent d’un nez vitré bien adapté à la prise de vues aériennes. L’un de ces avions sera même démonté, encaissé et acheminé par bateau en Guadeloupe pour une mission cartographique.

A partir de 1946, l’IGN reconvertit aussi neuf anciens bombardiers LéO 45. Ces avions comptabiliseront
4 500 heures de vol en cinq ans de service.

Puis l’IGN rachète quatre légendaires B-17 aux américains… 15 000 $ chacun !

Dans le même temps, l’IGN espère le développement d’un prototype français : l’avion photographe SE-1010. Mais l’avion s’écrase en 1949 marquant la fin du projet.
L’abandon du prototype SE-1010 conduit l’IGN à acquérir dix autres B-17 dont l’ex B-17 personnel du shah d’Iran
qui effectue une malheureuse sortie en bout de piste à Hanoï en 1953.

Un autre B-17, plus chanceux, fait une carrière exceptionnelle à l’IGN… puis au cinéma. Il figure notamment dans
"La grande vadrouille", "Docteur Folamour", "Memphis Belle"…
Alors qu’on le croit à la retraite, l’héroïque B-17 reprend du service le 14 juillet 1984. Il ouvre le défilé
au-dessus de la patrouille de France qu’il prend en photo sur les Champs-Élysées.
1 500 heures de travail seront nécessaires pour le remettre en état de vol… pour ce dernier tour de piste de 45 secondes !
En 1987, une association le prend sous son aile, lui rend ses couleurs d’origine, et le rebaptise "Pink lady".
Notre héros finit sa carrière à la Ferté-Alais après 25 ans de meetings aériens. Classé monument historique en 2012, il pourrait faire son come-back le 8 mai 2045 pour le centenaire de la fin de la seconde guerre mondiale. Au total, les treize B-17 utilisés par l’IGN comptabiliseront 53 779 heures de vol de 1947 à 1989.

A partir de 1957, l’IGN acquiert aussi 8 Hurel-Dubois 34. On les surnomme les "coupe-papiers volants" en raison de leurs ailes de géant. Cet avion est spécialement conçu pour la prise de vue aérienne. Pratique, il peut transporter 19 tonnes d’équipement ! Comme ces lourdes plaques de verre sur lesquelles sont réalisées les photographies aériennes et que l’on charge à l’aide d’un treuil.

A la fin des années 60, trois Aerocommander 680FL rejoignent la flotte de l’IGN. Ces bimoteurs légers photographient les cinq continents jusqu’en 1987.

L’arrivée du premier Mystère 20 en 1972 donne un vrai coup de jeune à la flotte de l’IGN. Il a même été photographié par hasard sur le dos au-dessus du Mont-Blanc le 14 juillet 1978... grâce à notre talentueux pilote
ex patrouilleur de France !
De 1976 à 1984, les géodésiens de l’IGN utilisent aussi l’Alouette III pour des missions en montagne.

Enfin, deux Beechcraft super king air atterrissent à l’IGN en 1977, puis un troisième en 1993. Ces avions permettent de renouveler les prises de vue avec une résolution au sol de 20 cm, puis 5 cm en 2013. Le king air est le seul avion encore utilisé aujourd’hui à l’IGN.

Mis à jour le 07/05/2021