M.G. : Du côté des gestionnaires forestiers, le principal défi consiste à accompagner les transitions en cours. Cela suppose d’intégrer les projections climatiques et les caractéristiques des sols pour sélectionner des essences mieux adaptées aux conditions futures. Le sylviculteur dispose de leviers concrets : diversifier les essences grâce à la régénération naturelle de la forêt et à la plantation d’espèces mieux adaptées à la sécheresse lors du renouvellement des parcelles, ménager des îlots en libre évolution qui servent de corridors écologiques et permettent d’observer les mécanismes naturels de réaction aux changements climatiques. Le meilleur gage de résilience reste la diversité – des essences, des modes de gestion, des structures de peuplements. Le concept de « forêt mosaïque » illustre cette approche : il s’agit d’alterner, à différentes échelles, des zones gérées de manière productive, des espaces laissés en libre évolution et des îlots expérimentaux – « les îlots d’avenir » –, où de nouvelles essences sont testées, afin d’évaluer leur résistance avant une éventuelle implantation plus large.
Face aux pathogènes, les dispositifs de surveillance du Département de la santé des forêts (DSF) permettent de détecter précocement les « organismes de quarantaine prioritaires », réglementés à l’échelle européenne, et d’intervenir rapidement, notamment par l’élimination des arbres contaminés, pour en limiter la propagation. Parmi les organismes les plus surveillés en forêt, le nématode du pin figure au premier rang de nos préoccupations. Ce pathogène, capable de tuer les pins et d’autres résineux, a déjà causé des dégâts considérables au Portugal et en Espagne. Il a été détecté pour la première fois en France, en novembre 2025, sur 17 arbres à Seignosse, dans les Landes, puis une seconde fois, à 2,3 kilomètres du premier foyer, quelques semaines plus tard. Un plan national d’intervention sanitaire d’urgence est immédiatement entré en application : délimitation d’une zone de 20 kilomètres avec mesures de destruction, restrictions strictes sur le mouvement des bois.
Autre menace étroitement surveillée : le flétrissement américain du chêne. Ce champignon, qui serait dévastateur sur les chênes européens, n’a pas encore pénétré notre territoire, mais pourrait y être introduit via le commerce de bois en provenance d’Amérique. Des prélèvements réguliers sont effectués sur des chênes présentant des symptômes suspects pour s’assurer qu’il n’est pas déjà là. Ces vingt dernières années, ce sont en moyenne 420 espèces exotiques nouvelles qui se sont établies chaque année en Europe, toutes ne sont pas pathogènes, mais la pression ne faiblit pas.
1 Émission de vapeur d’eau dans l’atmosphère depuis le sol et la surface des végétaux