Appel de Tours
16 septembre 2026
La donnée géographique est devenue une infrastructure stratégique. Elle irrigue l’aménagement, la transition écologique, la prévention des risques, la mobilité, la défense, l’intelligence artificielle. Elle équipe les objets connectés : nos smartphones pour trouver notre chemin, les drones sur les champs de bataille, les tracteurs pour l’agriculture de demain. Elle outille les décideurs pour suivre le recul du trait de côte, concevoir la ville de demain.
Hier, la carte décrivait le territoire. Aujourd’hui, la géodata permet de plus en plus de le comprendre, de l’anticiper et d’agir sur lui. Pour cela, nous avons besoin d’un langage commun du territoire : des données de référence, des standards ouverts, des infrastructures partagées.
Pourtant, une part prépondérante des technologies qui permettent de produire, traiter, héberger et exploiter ces données repose sur des solutions que nous maîtrisons insuffisamment. Comme bien d’autres domaines, la géo-information pose un défi de souveraineté.
L’Europe dispose pourtant d’une filière géonumérique puissante. Rien qu’en France : plus de 2 000 entreprises, 70 000 emplois qualifiés, un poids économique estimé à 10 milliards d’euros en 2024 et un impact de 35 milliards sur l’ensemble de l’économie. Plus de 70 % de ces entreprises sont des TPE-PME.
La souveraineté ne consiste pas à tout faire seuls. Elle consiste à conserver notre capacité de choisir, de comprendre, de faire évoluer et, si nécessaire, de remplacer les technologies dont nous dépendons. Dans le géonumérique, cette souveraineté ne pourra être construite ni par la puissance publique seule, ni par les entreprises seules, ni par les communautés du libre seules. Elle suppose une alliance entre public, privé et communs.
Et, là encore, nous ne partons pas de zéro. Une pile technologique ouverte existe déjà : PostgreSQL/PostGIS pour la donnée, GeoServer pour sa diffusion, MapStore pour sa visualisation, geOrchestra pour assembler ces briques. L’IGN développe également iTowns, commun de visualisation 2D et 3D pour construire les jumeaux numériques du territoire. Le CNIG, conseil national de l’information géolocalisée bâtit les standards qui nous rassemblent. Autour de ces technologies, des entreprises comme Camptocamp, Oslandia, Inno3 et bien d’autres, des communautés comme Open Street Map et des acteurs réunis au sein d’OSGeo, ou encore TOSIT, montrent qu’un écosystème existe déjà.
L’enjeu est désormais de relier ces forces, de consolider les briques existantes et de leur permettre de changer d’échelle. Les grands utilisateurs joueront un rôle essentiel pour fédérer la demande et donner à l’offre le signal qu’elle attend pour dépasser la simple somme de codes ouverts et apporter un haut niveau de service de bout en bout. GeoServer Cloud, développé par Camptocamp à partir d’un besoin opérationnel puis reversé à la communauté open source, illustre cette logique.
C’est précisément l’ambition d’EuroCommons, initiative lancée par la Caisse des dépôts et consignations et son directeur général Olivier Sichel : identifier ensemble nos dépendances critiques, mutualiser les besoins, renforcer les technologies ouvertes existantes, financer les briques manquantes et organiser leur déploiement à un haut niveau de service.
Lancé à Tours à l’occasion de la réunion des Géodata days qui regroupe tout notre écosystème, cet appel invite la communauté géonumérique - entreprises, acteurs publics, chercheurs, collectivités, utilisateurs et communautés des communs - à se mobiliser et à rejoindre cette coalition.
L’objectif n’est pas de construire seuls une technologie française de plus. Il est de contribuer à bâtir, pour la France et l’Europe mais sans restriction, un écosystème géonumérique ouvert, robuste, maîtrisé et obéissant à une gouvernance partagée.
La souveraineté ne se décrète pas. Elle se construit ensemble. Avec vous ?
Sébastien Soriano,
Directeur général de l’Institut national de l’information géographique et forestière