Pierre-Simon de Laplace, un scientifique newtonien

Une station de métro, des lycées, la commission pour la carte de l’état-major en 1817, et même une salle de réunion à l’IGN s’appellent Laplace, et pourtant peu de personnes connaissent les nombreux sujets qu’il a étudiés, les théories qu’il a mises au point et qui sont toujours d’actualité.
Un entretien historique s’impose...

Laplace


IGN : Un certain nombre de concepts ou de lieux portent votre nom mais vous n’êtes pas très connu pour autant. Voulez-vous répondre à mes questions pour nous éclairer ?

Pierre-Simon de Laplace : C’est moi qui ai mis les points sur les I et les barres aux T de la théorie de Newton et vous ne me connaissez pas ? Alors, on pourrait résumer ainsi : je suis né en 1749 , j’ai vécu 78 années, j’ai eu une certaine influence (pour ne pas dire une influence certaine) dans les mathématiques, l’astronomie, la physique et la philosophie des sciences de mon temps et je passe pour être l’un des scientifiques les plus en vue de l’époque napoléonienne.

IGN : Parlez-moi de vos apports à la théorie sur la gravité d’Isaac Newton.
PSL : J’ai passé beaucoup de temps de ma vie à convaincre que la théorie de gravitation de Newton était suffisante pour résoudre tous les problèmes qui la concernaient, et constituait bien l’essence du “vrai système du monde”. J’ai repris et complété le travail de l’ancien (il a vécu presque un siècle avant moi). Par exemple, il pensait que le mouvement irrégulier des planètes entraînerait leur rapprochement et une accélération du mouvement, allant vers la dislocation du système solaire, que seule une intervention divine pourrait éviter. Pour ma part, j’ai pu montrer que le système solaire était stable puisque cette accélération de mouvement était limitée et restreinte, et qu’elle était suivie d’un ralentissement proportionnel. Ainsi pas de menace pour l’équilibre du monde solaire et pas de divin là-dedans.

IGN : Vous n’avez pas eu de problème avec ce genre de déclaration ?
PSL : Non et je suis même allé plus loin. Lorsque mon traité sur la mécanique céleste est paru, Napoléon était furieux. Il m’a dit : “Comment ? Vous faites tout le système du monde, vous donnez les lois de toute la création et vous ne parlez pas une seule fois de l’existence de Dieu !” Je lui ai répondu: “Sire, je n’ai pas besoin de cette hypothèse”. Et pourtant mon livre explique la naissance du soleil grâce aux nébuleuses originelles…

IGN : Vous avez une vision très personnelle de la formation de l’univers ?
PSL : Absolument, j’ai expliqué l’évolution de toute chose par le déterminisme. J’ai écrit “que nous devons envisager l’état présent de l’univers comme l’effet de son état antérieur et comme la cause de celui qui va suivre. Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome ; rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir, comme le passé, serait présent à ses yeux. Les découvertes de l’esprit humain en mécanique et en géométrie, jointes à celles de la pesanteur universelle, l’ont mis à portée de comprendre dans les mêmes expressions analytiques les états passés et futurs du système du monde”. Si ceux de vos contemporains qui font fi de l’évolution me lisaient, ils auraient des vapeurs !

IGN : Que reste-t-il de vos travaux aujourd’hui ?
PSL : De beaux restes ! Et dans des domaines où l’on ne pense pas forcément à moi. Prenez la pêche aux étrilles et aux bigorneaux : c’est depuis mes études sur l’attraction lunaire et solaire que l’on peut aujourd’hui prévoir les horaires des marées. Utile pour ramasser les coquillages, non ? Pour les sondages dont votre siècle raffole, c’est moi qui ai préconisé l’échantillonnage. Ma méthode que vous appelez “transformation de Laplace” est utilisée pour calculer le déplacement latéral des avions. Les trous noirs que vous étudiez maintenant sont également mes bébés. C’est aussi un peu grâce à moi que vous utilisez le système métrique. Vous pourrez aussi penser à moi lorsque vous constaterez qu’un petit tube plongé dans l’eau semble aspirer cette eau, que l’on peut remplir un verre un peu plus haut que le bord sans le faire déborder, et encore qu’une planche posée sur l’eau résiste à être “décollée” de la surface. J’explique cela dans ma théorie sur la capillarité.

IGN : Voilà bien des sujets de réflexion si l’on s’ennuie lors de la prochaine réunion dans la salle Pierre-Simon de Laplace à l'IGN !

Mis à jour le 
21/05/2015