La filiale export de l'IGN

L'importance prise par l'information géographique numérique est devenue planétaire. De nombreux pays sollicitent les meilleurs experts mondiaux pour s'équiper et être en mesure d'en maîtriser les technologies. IGN France international occupe une place stratégique sur ce marché en croissance constante.
La société d’ingénierie géographique IGN France International (IGN FI) est la filiale de l’Institut géographique national à l’export. Elle a été créée en 1986 afin que l’IGN puisse déployer son savoir-faire à l’échelle mondiale avec la plus grande efficacité. Il existait déjà un département au sein de l’Institut lui-même qui développait une telle activité, mais la montée en puissance des marchés internationaux et les contraintes qui leur sont propres ont conduit à envisager cette nouvelle structure, offrant davantage de souplesse et de marge de manœuvre vis-à-vis d’une concurrence de plus en plus active. Le capital d’IGN FI a été profondément restructuré en 2006 avec l’entrée de deux nouveaux actionnaires de dimension internationale, EADS Astrium et ESRI LLC, apportant leur savoir-faire et leurs compétences à la société et élargissant son horizon.
Les experts IFI
IGN France International
1986 : date de création
Effectif : 35 agents
Responsable : Nathalie Marthe-Bismuth
Aujourd’hui, IGN FI est présent dans une cinquantaine de pays, traite une centaine de projets chaque année et a acquis une grande notoriété. Son savoir-faire s’appuie sur les compétences de l’IGN lui-même, qui a toujours bénéficié d’une excellente réputation, mais aussi sur un ensemble d’experts provenant des horizons les plus divers.
Sa haute technicité, celle de ses partenaires, ainsi que le prestige des actionnaires qui se sont engagés à ses côtés forment un ensemble complémentaire qui suscite l’intérêt des grands bailleurs de fonds telles l’Union européenne ou la Banque mondiale, ainsi que d’institutions ou d’organismes publics étrangers.
Les choses évoluent très vite dans cet univers où de nouvelles avancées technologiques voient le jour en permanence, suscitant des demandes de plus en plus diverses et réclamant des réponses thématiques de plus en plus précises.
Nathalie Marthe-Bismuth, directrice générale d’IGN FI, résume la politique qu’elle a mise en œuvre pour satisfaire les nouvelles attentes du marché :
« L’époque de la création de la filiale correspond à celle des premières réflexions sur les problématiques de marketing, mais ce n’en était que les prémices. Aujourd’hui, au vu de l’évolution de la concurrence, j’ai estimé qu’il était indispensable d’internaliser cette fonction.
J’ai voulu également une direction technique forte, à même de pouvoir satisfaire les nouveaux besoins, et une direction commerciale recentrée sur l’analyse des marchés et la prospection. Deux choses sont évidentes. Premièrement, la concurrence est intense et le sera de plus en plus, d’où la nécessité de développer une activité commerciale à la hauteur d’une logique de conquête de nouveaux chantiers et de nouveaux marchés. Deuxièmement, le marché international est en expansion et va le demeurer, avec des besoins de plus en plus exigeants, d’où la nécessité de rester à la pointe de la technologie. »
Il existe donc, au sein d’IGN FI, une double direction : l’une technique, composée d’experts (en matière d’information environnementale ou d’administration foncière, par exemple), l’autre commerciale, comptant une dizaine d’ingénieurs d’affaires.
La plupart d’entre eux sont issus de l’IGN. IGN FI s’appuie, sur le plan technique, sur les expertises acquises par l’Institut : IGN Espace pour les technologies spatiales, le service de géodésie et nivellement (SGN) pour les travaux géodésiques et métrologiques, IGN Conseil pour l’assistance à maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre dans les domaines des systèmes d’information géographique (SIG) et des bases de données, l’École nationale des sciences géographiques (ENSG) pour la formation, et le service des activités aériennes (SAA) pour la couverture photographique des territoires.
Projets 2010
Le début de l’année 2010 a été marqué par la signature de deux projets d’envergure : la cartographie de la zone frontalière entre l’Arabie saoudite et le Qatar, et la mise en place d’un système d’information foncier en Ouganda.
Dans la péninsule arabique, le projet, qui a démarré en 2010, intervient dix ans après la réalisation par l’IGN d’un premier bornage de la frontière qatari-saoudienne. Pour IGN FI, ce contrat est emblématique des grands chantiers qui mobilisent tous les savoir-faire de l’IGN puisque plusieurs des services de celui-ci (service de la géodésie et du nivellement, IGN Espace, service des activités aériennes, service des bases de données images et vecteurs, service de la cartographie…) y seront étroitement associés jusqu’en 2012.
En Ouganda, la modernisation du système d’information, déployé dans un premier temps dans six districts, vise à sécuriser la délivrance des titres de propriété et à diminuer les risques de conflits et de fraudes liés à la propriété foncière. Elle facilitera également le traitement des titres et des demandes par l’administration ougandaise. Ce projet s’achèvera en 2013.
La fin de l’année 2010 a vu le démarrage du projet d’assistance technique pour le renforcement des capacités de l’Institut de géodésie serbe (RGZ), auquel IGN France International collabore aux côtés de ses actionnaires. Une fois achevé, ce projet donnera au RGZ les moyens de devenir le fournisseur institutionnel de référence pour les données spatiales de géoinformation et de télédétection. Sur le plan technique, IGN FI a ainsi encore enrichi en 2010 son expertise en matière de gestion foncière. Elle a par ailleurs poursuivi le développement de ses actions dans le domaine de la 3D.
Exportic, les PME à l'export
Nathalie Marthe-Bismuth, directrice générale d’IGN FI, exerce la présidence du club Exportic, qui vient d’être créé pour promouvoir – à l’export – les PME spécialistes des nouvelles technologies. « Cette association a pour rôle de les aider à répondre aux appels d’offres en se regroupant, car une petite PME manque souvent de la notoriété voulue pour s’imposer auprès d’un grand compte sur un marché de plus en plus large », dit-elle. Le club Exportic regroupe les entreprises et les experts français pour contribuer à développer l’économie
de la connaissance dans le monde. Dès le premier mois de sa création par l’Adetef, l’agence de coopération technique internationale
des ministères chargés de l’économie et du budget, il réunissait déjà soixante entreprises et experts compétents dans les domaines des télécommunications, de l’informatique, de l’Internet, de l’audiovisuel, du management de la connaissance…
Suivi de la qualité
De plus, la société s’appuie sur un réseau d’experts qu’IGN FI mobilise en fonction des projets. Venus d’autres horizons et reconnus pour leurs compétences, ils sont issus de sociétés privées, du ministère de l’Agriculture, de la chambre des notaires, du service du cadastre français… Il s’agit de statisticiens, d’agronomes, d’urbanistes…
« Je poursuis un autre objectif, ajoute Nathalie Marthe-Bismuth, la refonte complète du processus qualité dans nos deux ateliers de production, notre filiale roumaine Eurotopo ainsi que Makifi Data, la nouvelle structure comprenant une quarantaine de personnes que nous venons de créer à Madagascar. Cette exigence de suivi de la qualité s’applique également à nos sous-traitants. Notre directrice technique est chargée de ce projet, ainsi que de la mise en œuvre de nouvelles lignes de production. Ainsi, pour la description volumique des bâtiments et des façades, étape importante à la création des produits urbains 3D, qui sont de plus en plus demandés, nous avons commencé à utiliser, à travers un accord avec l’IGN, la chaîne de production de BATI 3D® à Eurotopo. Nous étudions aussi les meilleures façons de collaborer avec l’IGN et d’autres partenaires autour du concept récent de Géoportail et de préparer des offres à l’export dans un avenir proche. »
Sources de financement
Les projets sur lesquels intervient IGN FI reposent souvent sur des financements internationaux ou bilatéraux, mais certains pays sont parfaitement en mesure de s’autofinancer. C’est le cas au Moyen-Orient, en Libye ou en Algérie. Dans d’autres pays, l’un des rôles essentiels de l’ingénieur commercial consiste à solliciter l’appui de bailleurs de fonds qui rendent le projet viable. Ce fut le cas au Sénégal, où IGN FI vient de terminer brillamment un important chantier de réfection cartographique sur financement de l’Union européenne.
Ce contrat est très représentatif de ce que la société est le plus souvent appelée à réaliser.
« Nous contribuons à refondre une cartographie nationale devenue caduque ou nous la créons si elle n’existe pas, poursuit Nathalie Marthe-Bismuth. Mais l’essentiel de notre apport repose davantage sur des transferts de technologie que sur de la production à 100 %. Nous fournissons également des bases de données de très grande précision, par exemple au Soudan sur des problématiques de construction de barrage et d’irrigation.
Le plus souvent, nous réalisons la production de premier niveau et prenons en charge la formation nécessaire pour que puissent être réalisés, sur place, des développements ultérieurs et une mise à jour permanente. »
Importance du marché foncier
Un autre type d’enjeu relève du cadastre et du topo foncier. Cette activité, en forte progression, est très soutenue par les bailleurs de fonds. Les opportunités y sont de plus en plus nombreuses, mais la concurrence y est beaucoup plus rude, en particulier de la part de nombreuses sociétés privées d’Europe de l’Est ou du Nord. Ces projets représentent souvent des enjeux politiques et économiques déterminants pour les pays, ce qui peut parfois en ralentir l’exécution.
« Nous avons ainsi engagé un projet de réalisation cadastrale au Panamá, et nous effectuons un travail d’évaluation foncière en Namibie, explique Christophe Dekeyne, directeur commercial. Surtout, nous devons, vers la fin de l’année, achever un important chantier cadastral au Nicaragua. Ce projet nicaraguayen se décline en plusieurs volets : des travaux topographiques, dont la constitution de la carte au 1 : 5000 là où elle n’existe pas (4600 kilomètres carrés), l’établissement sur cette zone d’un plan cadastral de cinquante mille parcelles et l’installation du SIG. Il comporte également un volet juridique prenant en compte les conflits, et un volet formation du personnel. »
Cotraitances et complémentarités
Une autre grande catégorie de projets repose sur la construction de SIG thématiques et d’assistance à la maîtrise d’ouvrage. Pour monter ses offres, IGN FI s’appuie en premier lieu sur le réseau d’experts SIG de l’IGN, son actionnaire majoritaire. Aujourd’hui, à titre d’exemple, IGN FI travaille en Roumanie à la création d’un SIG environnemental.
En 2007, en Indonésie, la création de systèmes de gestion de catastrophes (financée sur fonds français), mis en place consécutivement au tsunami de décembre 2004, a été le premier dossier monté en collaboration avec un autre actionnaire majeur d’IGN FI, EADS-Astrium. L’opération a consisté à monter quatre centres de gestion de catastrophes.
Astrium a fourni toute la technologie (système informatique, moyens de communication et SIG) et IGN FI l’alimentation en données cartographiques. En Libye et en Serbie, deux projets d’envergure nationale sont à l’étude. Ils comprennent un transfert de technologie et la production d’un certain nombre de référentiels cartographiques. Comme l’explique Christophe Dekeyne, des cotraitances s’imposent pour gérer le plus efficacement possible ce type de projets : « Nous sommes parfois confrontés à des dossiers pour lesquels la charge de travail, le volume financier et les risques de diverses natures sont importants. Nous cherchons sur ces gros dossiers à élaborer des montages en cotraitance. Le savoir-faire technique, l’expérience, la solidité financière sont autant de paramètres que nous prenons en compte chez nos partenaires. Dans certains projets importants, tels ceux que nous espérons obtenir en Libye et en Serbie, notre actionnaire Astrium, par l’intermédiaire d’Infoterra, fournit sa maîtrise des technologies spatiales (satellites d’acquisition, traitement et stockage des données, applications dans les domaines des risques et de l’agriculture) et la puissance de son groupe, tandis qu’IGN FI apporte, grâce à l’IGN, sa connaissance des problématiques institutionnelles et ses compétences dans les domaines de la cartographie et des référentiels géographiques. » « Pour des projets tout aussi volumineux mais nécessitant des compétences et des savoir-faire différents, poursuit-il, nous avons construit d’autres partenariats solides : Groupe FIT nous accompagne sur le chantier des barrages au Soudan, où il a mis en place ses moyens d’acquisition et de production photogrammétrique ainsi que son savoir-faire dans le traitement Lidar, les levés bathymétriques et les études hydrauliques. »
Un autre actionnaire et partenaire de premier plan est ESRI, leader mondial de la constitution de logiciels SIG. « ESRI est un éditeur de solutions logicielles mondialement reconnues, précise Nathalie Marthe-Bismuth. Nous sommes une société d’ingénierie, donc beaucoup plus globale, et nous incorporons leurs produits à l’intérieur des programmes que nous proposons. La très haute technicité, qui
leur a valu leur position prépondérante, est également une référence pour nous. Leurs réseaux sont très développés, et nous en profitons de manière préférentielle, dans tous les pays où nous allons. » Enfin, la participation au capital d’IGN FI du Centro nacional de información geográfica (CNIG), l’équivalent espagnol de l’IGN, doit favoriser le partenariat avec les sociétés et organismes publics espagnols, tant en Espagne que sur les marchés hispanophones.
Des interventions dans le monde entier
Brésil, Panamá, Saint-Domingue, Luxembourg, Royaume-Uni, Égypte, Libye, Sénégal, Burkina Faso, Namibie, Arabie saoudite, Yémen, Russie, Ouzbékistan, Thaïlande, Vietnam, Sri Lanka ou encore Chine…, il existe peu de régions du globe où IGN FI n’a pas eu l’occasion de démontrer son savoir-faire! Même si les pays francophones occupent encore une place importante, ses terrains d’intervention se multiplient à l’échelle du monde. Par exemple en Égypte, IGN FI réalise un inventaire agricole accompagné d’une étude de rendements pour le ministère de l’Agriculture. Au Nicaragua, IGN FI a remporté un projet de réalisation d’une base de données cadastrale grâce à la qualité et à l’originalité des solutions techniques proposées.
Mais il faut noter que même si IGN FI, grâce à la maison mère IGN, est mondialement connu et apprécié, tous ces projets ne se concrétisent pas sans effort : la phase de prospection commerciale est un travail de longue haleine, le résultat positif à la suite d’un appel d’offres n’étant que la partie visible du travail réalisé en amont par les ingénieurs d’affaires. « Dans 90 % des cas, annonce Christophe Dekeyne, nous remportons un succès sur un appel d’offres en amont parce que nous l’avons identifié de longue date. Nous nous faisons connaître mais, de fait, souvent, nous sommes déjà connus. Il y a toujours une phase de lobbying, qu’elle soit le fait des ingénieurs commerciaux de la société ou d’un appui extérieur. » Alors, quand IGN FI s’appuie sur l’image et le savoir-faire de l’IGN, l’exporte et l’applique aux grands projets fonciers, environnementaux et d’aménagement du territoire de par le monde, le retour d’expérience qui en découle enrichit nécessairement l’expertise de tous.
En Égypte, vingt ans de coopération
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Depuis la fin des années 1980, IGN France international a tissé des liens étroits avec l’Egyptian Survey Department (l’équivalent égyptien de l’IGN) et le ministère égyptien de l’Agriculture. Huit importants projets dans des domaines très variés ont ainsi été menés : SIG agricole, cartographie satellitaire, monitoring de l’extension urbaine, cartographie du désert aux abords de Toshka, détection d’eau souterraine dans le désert, étude diachronique de l’évolution des terres arables sur vingt ans, évaluation par télédétection de l’efficacité de la lutte biologique contre les jacinthes d’eau et, en 2008, inventaire agricole et estimation des rendements dans la vallée et le delta du Nil. Ces travaux ont servi à donner à l’Égypte des outils pour mener des réflexions dans le domaine agricole et environnemental.
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Projet Arable Land Monitoring and Assessment (Alma), approche statistique des changements d'occupation des sols réalisée en Égypte en 2006 et 2007. |





