Une cartographie spatiale pour l'Europe

Le programme européen GMES - Global Monitoring for Environment and Security - de veille planétaire pour l’environnement et la sécurité, est né en 2001. Il a pour objet la création de services d’information pouvant concerner aussi bien l’agriculture que la pêche ou la gestion des risques.
Trois projets sont actuellement en gestation sous les auspices du GMES, ils fourniront des services pré-opérationnels à compter de la fin 2008.
Le premier suppose
la mise en orbite de « satellites sentinelles » à l’horizon 2012-2015. Il vise
à acquérir une capacité d’effectuer des cartographies rapides en cas de catastrophe
(séisme, inondation, marées noires…), afin de faciliter l’organisation des
secours en fournissant une vue de la situation sur le terrain dans les heures
qui suivent. C’est un objectif « extrêmement ambitieux à ce stade compte
tenu de l’insuffisance actuelle du nombre de satellites », explique Jean-Philippe
Cantou, d’IGN Espace à Toulouse. L’IGN souhaite avoir un rôle de « validation
de la qualité de cette cartographie d’urgence », ajoute-t-il.
Le deuxième projet
consiste à réaliser une orthophotographie (photo aérienne) de l’Europe.
Et le troisième à
produire une carte de l’occupation du sol de tout le continent.
"Les services d’information du GMES
seront destinés à tous, du simple citoyen aux décideurs gouvernementaux", explique François Chirié,
Directeur délégué de l’IGN aux activités internationales et européennes.
« Sa grande originalité, ajoute-t-il, sera de combiner des données
spatiales et satellitaires à des données in situ », autrement dit obtenues
sur le terrain. Les capteurs de pollution atmosphérique dans les villes sont un
bon exemple de recueil de données.
Qu’ils soient
suscités par la Commission européenne, ou qu’ils naissent des collaborations
entre agences de cartographie et cadastre nationales, les processus d’intégration
d'information géographique peuvent avoir des synergies, des passerelles qui les relient. « On espère
bien que le GMES, initiative de l’UE, va utiliser les infrastructures
interopérables développées par EuroGeographics, institution créée par les IGN de toute l’Europe »,
souligne encore M. Chirié.
Un
partenariat exemplaire
Autre cas de figure, la collaboration bilatérale entre voisins. Certaines régions, comme le canton suisse de Genève, sont si imbriquées avec leur voisin qu’il est absurde que les cartographes de chaque pays s’ignorent. Surtout lorsqu’il existe des relations de bon voisinage.
Du temps de la
République démocratique allemande, on trouvait des cartes de Berlin Est où
l’Ouest n’existait pas : la partie occidentale de la ville était en blanc. Même
si la comparaison est sans doute osée, c’est un peu ce qui se passe entre
Genève et ses voisines françaises d’Annemasse et de Saint-Julien-en-Genevois,
par exemple. Mais, à l’inverse de ce qui prévalait à Berlin, les échanges
économiques et les flux de circulation sont ici très intenses au travers d’une
frontière qui n’a rien d’un mur.
« Aujourd’hui, une seule et même
agglomération traverse la frontière et nous partageons tous cet espace de vie
commun », peut-on lire sur le site Internet du projet d’agglomération
franco-valdo-genevois.
Une collaboration
s’est donc établie depuis 2006 entre l’IGN et le Système d’information du
territoire genevois (SITG). Les deux pays n’ayant pas le même système de
projection pour établir les cartes, la tâche prioritaire est d’élaborer un
« référentiel
transfrontalier » afin de pouvoir échanger les données. La phase suivante
verra l’élaboration de produits communs tels que des plans de ville au 1 : 10 000 qui, cette fois, ne
s’arrêtent pas à la frontière. Il est aussi question de réaliser des photos
aériennes communes afin de partager les charges – la prise de vue pouvant
représenter jusqu’à 40 % du coût du produit. Une carte régionale des risques
industriels et une autre concernant les risques de crues sont aussi prévues.
Comme l’explique Philippe Minier du Service des systèmes d’information au
Département du territoire du Canton de Genève, « l’objectif est que les
politiques puissent lire les territoires selon une même légende et qu’ils
puissent mettre en place des politiques publiques communes d’aménagement du
territoire ». Cela devient urgent pour les transports en particulier, alors
que les travailleurs sont de plus en plus nombreux à ignorer les frontières de
l’agglomération genevoise au sens large, limites qui séparent en fait une
métropole suisse de ses banlieues françaises.





